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Covid-19 | Le domicile au temps du confinement

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Le domicile au temps du confinement

L’infection au coronavirus aura le mérite de souligner que si les mêmes devoirs de confinement s’imposent à tous, une grande inégalité de droits persiste en ce qui concerne les personnes âgées.

 

Des personnes âgées isolées : la canicule de 2003 nous avait enseigné que les vieux n’étaient pas morts à cause du manque de places aux urgences, ni même de la déshydratation, mais tout simplement à cause de la solitude. On avait donc fait des listes de personnes à protéger en cas de grand froid, en cas de grosses chaleurs. On n’avait pas prévu qu’un virus taquin confinerait toute la planète au domicile et qu’on ne pourrait plus leur rendre visite, voire que ce public et leurs aidants ne seraient pas considérés comme prioritaires par les pouvoirs publics au point de les fournir en protection.

 

Que dire des messages stressants véhiculés par les médias que ces personnes écoutent en boucle comme les seuls interlocuteurs autorisés à pénétrer dans leur domicile ? On a pensé à mettre devant l’écran la nation apprenante, mais pas la vieillissante. Pourtant des messages positifs et de soutien, des cours d’activité physique adaptée, des conseils de prise en charge de son conjoint en cas de troubles du comportement, des activités de stimulation cognitives comme celles qu’ils ne peuvent plus aller chercher dans les structures de répit comme les accueils de jour ou les PASA, pourraient être facilement retransmises à la télévision (souvent seul média facilement utilisé à un certain âge).

 

Beaucoup de services se sont organisés et mettent en open source leurs activités, malheureusement peu accessibles à ces populations peu ou mal connectées. Des initiatives citoyennes et solidaires fleurissent un peu partout pour aider son voisin âgé, poussé par la culpabilité d’être soi-même éloigné de ses propres vieux, ou par l’envie bien humaine de se sentir utile. Encore faut-il le faire sans être celui par qui le virus arrive et accepter de rendre service à distance, d’échanger sans s’approcher, de donner sans contaminer. Il manquerait une coordination générale à ces dispositifs, pour gérer cette ressource humaine sauvage et attribuer cette aide généreuse et inattendue de façon équitable. Pour rappeler à chacun comment intervenir en sécurité également.

 

Les professionnels de l’aide à domicile, sans assez de masque ni protection, pouvaient exercer leur droit de retrait. Peu l’ont fait, et beaucoup continuent à exercer auprès des plus fragiles, toujours pour les mêmes salaires misérables, la peur au ventre d’amener le fléau des uns aux autres, de le ramener auprès de leurs proches, tout ce stress augmentant une charge mentale déjà importante. Beaucoup d’entre elles, car la majorité sont des femmes, avec des bas revenus, des temps partiels, souvent assumant seules des enfants, se sont vues refuser la garde de ces derniers au prétexte qu’elles n’étaient pas soignantes ou « personnels de la police nationale, de la gendarmerie, de la pénitentiaire, des pompiers et des personnels de la Ville en plan de continuité d’activité, (même si cela a été étendu à Nantes aux professionnels de la distribution alimentaire) ».
Les services du domicile s’offusquent et se battent becs (non masqués) et ongles (non gantés) pour obtenir des protections pour leurs salariés, mais également des conditions de travail décentes parmi lesquelles le (futur ?) dépistage prioritaire n’est pas le moindre. S’ils ont obtenu qu’un décret octroie à leurs salarié(e)s des masques dont le nombre (9 par semaine) ferait sourire s’il n’était scandaleux, ils ne peuvent de toute façon pas se les procurer auprès de fournisseurs en rupture de stock.

 

Cette épidémie terminée, car elle aura une fin, au moment des comptes, et j’espère qu’on les exigera, je fais le rêve que ces héroïnes très discrètes du quotidien et du domicile soient enfin reconnues, elles qui subissent la triple peine d’être femmes, mal payées, et de s’occuper en première ligne d’un public déconsidéré et victime de la principale discrimination, l’âgisme.

 

VH

Delphine Piolet