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Interview | David Racapé, Directeur de la résidence Ginkgo Biloba

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Actuellement la résidence autonomie Ginkgo Biloba de la Croix rouge Française accueille une quarantaine de seniors autonomes sur des logements indépendants. La résidence se situe au sein du « village intergénérationnel du bois Bouchaud » sur un site innovant. En effet les résidents cohabitent avec 80 enfants de crèche mais également 48 jeunes femmes et enfants vivant sur le centre maternel Saint Luc. 

 

Nous avons le plaisir d'interviewer aujourd'hui David Racapé, Directeur de la résidence. 

 

 

Q1 : Pour aller plus loin, pouvez-vous nous présenter toutes les spécificités de cette résidence ?

Il s’agit d’une petite structure à taille humaine de 36 logements pour seniors autonomes. La structure n’est pas médicalisée, des liens sont effectués avec des services extérieurs en cas de besoins supplémentaires. Une coordinatrice et deux services civiques sont présents sur le site la semaine.

La solidarité est une valeur forte mise en avant sur ce lieu d’habitation. Des liens privilégiés se tissent entre les résidents. Des temps de rencontres et d’échanges ou la parole de chacun est libre, sont proposés et facilitent le développement de relations de proximité entre les habitants de cette résidence.

Une structure de cette taille n’est pas viable seule. La spécificité principale est donc sa localisation au sein du « village social » du bois Bouchaud. La résidence partage le site avec une crèche de 80 places et un centre maternel accueillant 48 jeunes femmes et 48 enfants de moins de trois ans. Ce rapprochement permet de mutualiser des espaces et des professionnels et donc de réduire certains coûts de fonctionnement. Nous pouvons de ce fait offrir aux habitants des loyers modérés, ce qui nous permet une grande mixité de personnes accueillies.

Les personnes accueillies sur ce village vont de la naissance à 96 ans actuellement. La résidence n’est pas en proximité d’ EHPAD, le parcours n’est pas fléché. Ce qui caractérise ce lieu de vie est bien justement la VIE et la manière dont chacun fait des projets pour la poursuivre le mieux possible.

 

 

Q2 : Ce projet est, me semble-t-il, une première sur le territoire français, quelle fut sa genèse ?

D‘autres projets d’habitat intergénérationnel se développent sur le territoire.  Mais, un projet tel que celui proposé par la Croix Rouge Française est innovant à différents niveaux.

Au départ, il n’existait sur le site que le centre maternel géré par la Croix rouge française depuis les années 50. A savoir que chaque département a nécessairement un Centre maternel, mais celui-ci peut être géré de manière différente. En Loire atlantique, le département a confié cette mission à La croix rouge et a permis une capacité de prise en charge très importante avec 48 places.

Une crèche c’est progressivement installé sur le site, d’abord pour les personnes accueillies en interne puis aux familles du quartier.

En 2012, la vétusté des locaux a obligé la croix rouge à revoir le projet d’accueil. Il a été décidé de reconstruire sur site un nouveau centre maternel, de développer la crèche. Une réflexion a été engagée sur l’accueil d’un nouveau public. Compte tenu du vieillissement sur le quartier, la Croix rouge a fait le choix de proposer un habitat pour personnes âgées autonomes mais d’y inclure son savoir-faire en terme d’accompagnement.

 

La loi de 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissements est venue appuyer ce que la Croix rouge a souhaité développer dans ce projet de résidence autonomie, en mettant en avant les activités concourant au bien-être et à l’autonomie des personnes, l’accompagnement collectif et individuel favorisant les liens sociaux et de solidarité de qualité. Tout cela en prenant en compte de manière primordiale la parole de la personne accompagnée, en l’impliquant à tous les niveaux du projet.

La structure a bénéficié du premier agrément Résidence autonomie du département.

 

 

Q3 : Pouvez-vous nous parler des objectifs de cette résidence à court terme et à long terme ?

A court terme, bien sûr que la résidence soit remplie. Il s’agit d’un type d’habitat encore méconnu et  parfois difficilement envisageable pour les seniors. Il faut donc communiquer pour faire connaitre ce nouveau type d’habitat, respectueux de l’autonomie de chacun, ou la personne accueillie est actrice de son projet de vie. Il faut impliquer le senior en amont afin que le choix soit totalement assumé.

A moyen terme, il s’agit de développer le projet intergénérationnel. Pour le moment, nous organisons des temps d’échanges, des activités partagées, la volonté de la structure est de réellement créer des passerelles entre seniors et jeunes femmes du centre maternel pour développer de l’entraide et de la solidarité.

Des projets de plus grande envergure comme le jardin partagé sont là pour permettre aux habitants de s’engager dans cette démarche projet en se fixant des objectifs.

Actuellement un projet d’atelier beauté intergénérationnel en lien avec une école desthétique permet aux jeunes femmes, aux seniors (majoritairement femmes) de se retrouver, d’échanger, et de créer de nouveaux liens. Il parait essentiel de faire vivre ce projet sur ce que l’on nomme dorénavant le « Village social du Bois Bouchaud » afin de développer le bien être pour les uns et les autres.

Il en va de même avec notre projet de mini marché intégré sur le site qui devrait permettre à l’ensemble des personnes passant au « village » de pouvoir acheter pain, fruits et légumes de bonne qualité, en grande proximité une fois par semaine.

A long terme, nous voulons bien sûr développer cette expérience en créant un nouveau « village ». Suite à un appel à projet du département, nous avons été retenu pour la création de 45 nouvelles places de résidence autonomie. Comme sur notre premier site, nous souhaitons développer un nouveau village en proposant d’inclure des logements pour adultes trisomiques travaillant en milieu ordinaire. Nous travaillons déjà sur ce sujet avec l’association Chromosome. Nous souhaitons installer sur le site un relai parental, lieu qui permet aux parents fragilisé d’avoir du répit en confiant leur enfant pour quelques heures, quelques jours à une équipe de professionnels de la petite enfance. Une halte répit pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies dégénératives sera également intégré au projet. Un tiers lieu permettant à des associations évoluant autour du soutien à la personne devra s’intégré sur ce site, nous développons cet espace avec l’association Votre Second Souffle. Enfin, une vesti boutique Croix Rouge devrait également prendre place. Un beau projet, vaste qui permettra comme sur le site actuel de créer une dynamique intéressante, l’idée est d’avoir un intérieur sécurisant et sécurisé mais d’être tourné vers l’extérieur, la vie, les projets, les liens sociaux et intergénérationnels.

Le développement de ce projet s’appuie sur un travail collaboratif dans lequel nous allons impliquer des seniors qui souhaitent réfléchir sur ce nouveau projet de lieu de vie.

 

Q4 : Cette cohabitation est inédite, avez-vous pu identifier des problématiques propres à celle-ci ?

Sur le site actuel, la temporalité est quelque chose d’assez délicat à gérer. Certains seniors seront là jusqu’à leur fin de vie. Ils s’installent, investissent les lieux. Parfois cela est difficile pour eux d’accepter que des jeunes femmes vivant sur le centre maternel, ne prennent pas soin des espaces communs. Des jeunes femmes qui pour la majorité, dès leur arrivée souhaitent partir, le but pour elles est de retrouver un logement extérieur, elles restent sur le centre maternel environ un an. Cette différence de temporalité rend parfois les relations compliquées avec des seniors qui n’osent pas s’impliquer créer des liens, des jeunes femmes qui parfois peuvent être distantes sans envie de créer des relations.

C’est pour cela que le passage par des activités communes soutenues par des professionnels est indispensable. A ce niveau une problématique existe autour de professionnels qui voient encore parfois les seniors comme un surplus de travail d’accompagnement alors que dans certaines situations ils pourraient être une ressource bénévole intéressante. Le regard et les représentations doivent évoluer au sein des équipes, il en est de même à l’échelle de la ville. La place des seniors se repense et c’est ce que nous proposons au quotidien, proposer une Culture commune qui permet aux uns et aux autres de voir la personne en face, même d’une génération différente, comme une personne ressource intéressante.

 

Q5 : Pour conclure, une belle anecdote à nous raconter ?

Une qui me tient à cœur justement sur les représentations. Un jour une seniors, très impliqué dans la vie culturelle et artistique sur Nantes, rentre un peu tard d’un vernissage. A l’entrée deux jeunes femmes fument une cigarette, une des jeunes femmes dit à la personne âgée qu’il est très tard et qu’a son âge elle ne devrait pas rentrer si tard, ce à quoi la senior répond, qu’elle demain matin elle pourra dormir alors que pour les deux jeunes femmes elles devront être d’attaque pour s’occuper de leur enfants et se serait donc à elle de se coucher tôt….

Autre  anecdote importante pour moi, qui montre également la place de la famille et surtout le bien être des résidents. Nous avons malheureusement eu le décès d’une première résidente il y a quelques mois au sein de la structure, cela a déstabilisé un peu le groupe qui s’est rendu compte que malheureusement cela pouvait arriver. La famille de cette résidente a souhaité organiser un temps convivial à la suite de la cérémonie, dans notre salle de restauration, car pour cette famille, c’était l’endroit où ils avaient vu leur maman, leur grand-mère heureuse, entourée de ces amies, ils souhaitaient partager ce temps avec tous les résidents qui le souhaitaient. Nous avons trouvé cette démarche très forte, montrant bien le côté chaleureux de cette résidence ou les uns et les autres ont une place importante.